Published: Jeu, Février 07, 2019
Entreprise | By Tatiana Lecocq

La Commission dit non à l'"Airbus du rail" — Alstom-Siemens

La Commission dit non à l'

La Commission européenne a mis, le 6 février, son véto à la fusion entre le français Alstom et l'allemand Siemens qui aurait permis la création d'un champion européen du ferroviaire, capable de faire face à des concurrents asiatiques.

Autrefois encensée par le président Emmanuel Macron pour son intransigeance vis-à-vis des GAFA, la Commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, n'a visiblement pas hésité une seconde à se mettre à dos les deux plus gros pays de l'Union (le Royaume quittant l'UE pour cause de Brexit), au nom de la protection des consommateurs.

Marine Le Pen s'est dite mercredi "ravie que le mariage n'ait pas lieu" entre les groupes français Alstom et allemand Siemens et a jugé "ridicule" la crainte de voir les Chinois bénéficier de l'échec de cette fusion. Le ministre français des Finances Bruno Le Maire s'était mercredi matin emporté contre sa décision.

"La Commission a interdit la concentration parce que les entreprises n'étaient pas disposées à remédier aux importants problèmes de concurrence que nous avons relevés", a déclaré Margrethe Vestager, Commissaire chargée de la Concurrence, lors d'une conférence de presse à Bruxelles.

Le ministre a ajouté que c'était "le rôle de la Commission est de défendre les intérêts économiques de l'Europe". Il a été rejoint un peu plus tard par sa collègue secrétaire d'État à l'Économie, Agnès Pannier-Runacher: "Ne pas construire une analyse de la concurrence en prenant en compte ce qui se passe sur le plan mondial (.) c'est de mon point de vue appliquer des règles du XXe siècle à une économie du XXIe siècle". "Je crois que les jeux sont faits", a affirmé le ministre sur la chaîne de télévision France 2, parlant d'une "erreur économique".

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Paris et Berlin craignent la concurrence du chinois CRRC, numéro un mondial du ferroviaire né du rapprochement de deux entreprises d'Etat contrôlées par Pékin.

Un train à hydrogène produit par Alstom, à Leipzig en Allemagne.

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Mardi, une source gouvernementale française a estimé que le veto attendu de Bruxelles était "symptomatique d'une certaine idéologie de la Commission qui va à l'encontre des intérêts européens", regrettant une interprétation des règles "extrêmement stricte" de la part de Bruxelles. À maintes reprises, la commissaire danoise s'est inquiétée des effets de ce rapprochement. "Nous sommes convaincus que nous devons repenser et modifier les règles européennes de la concurrence", a déclaré Peter Altmaier, le ministre allemand de l'Économie en annonçant "la préparation d'une initiative germano-française" en la matière, sans en préciser à ce stade les contours. Il réduirait le nombre d'industriels rivaux dans l'Union, ce qui risquerait de faire monter les prix des trains pour les compagnies ferroviaires, et celui des billets pour les consommateurs. L'interdiction de la fusion devrait faire le bonheur des syndicats belge et français d'Alstom.

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