Published: Ven, Juin 01, 2018
Divertissement | By Capucine Hennequin

La fausse mort de Babtchenko, une aubaine pour le pouvoir russe

La fausse mort de Babtchenko, une aubaine pour le pouvoir russe

Le directeur des services de sécurité russes (FSB), Alexandre Bortnikov, a rejeté les accusations ukrainiennes, les qualifiant d'"absurdité" et de "provocation". "Je ne suis pas sûr qu'ici la fin justifie les moyens", a renchéri jeudi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Plus tôt dans la journée, l'Ukraine avait accusé Moscou du meurtre de ce virulent critique du Kremlin, qui aurait été tué par balle, mardi, à Kiev, où il s'était exilé.

En juillet 2016, le journaliste russo-bélarusse Pavel Cheremet avait déjà péri dans l'explosion d'une bombe placée sous sa voiture à Kiev, une affaire qui n'est toujours pas élucidée.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a rapidement réagi aux propos du Premier ministre ukrainien, se disant "très triste" de voir l'Ukraine mettre en cause Moscou dans cet assassinat.

L'Union européenne a de son côté appelé dans un communiqué à une "enquête rapide et transparente pour traduire en justice ceux qui sont responsables de ce crime", exprimant sa "solidarité" avec les journalistes. "Il est navrant et regrettable que les services ukrainiens aient joué avec la vérité, que qu'en soit le motif", regrette le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF).

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" Mon but était de rester en vie ". Il a fui la Russie début 2017 à la suite de menaces de mort. Dans la matinée, plusieurs dizaines de journalistes s'étaient réunis devant l'ambassade russe pour rendre hommage à la prétendue victime.

Pour Anton Gerashchenko, législateur ukrainien et conseiller du ministre de l'Intérieur, le journaliste russe âgé de 41 ans est "un autre martyr pour la liberté de la Russie et pour la paix en Ukraine". Il avait raconté les guerres dans cette république russe du Caucase dans un livre édité en France par Gallimard sous le nom de "La couleur de la guerre". A-t-il mesuré l'effet de sa " fausse " mort dans une rédaction comme Novaïa Gazeta, qui a pleuré plusieurs de ses journalistes dont Anna Politkovskaïa, tuée en 2006 par arme à feu à l'entrée de son immeuble, dans les mêmes circonstances que son " faux " assassinat? Il avait dénoncé le rôle de la Russie, appuyant la thèse de Kiev et des Occidentaux selon laquelle elle soutient militairement les rebelles, ce que Moscou a toujours démenti. L'Ukraine a déclaré avoir eu recours à une ruse pour déjouer un complot russe contre lui.

Le journaliste a quitté la Russie en février 2017 en dénonçant une campagne de " harcèlement ". En Ukraine, il animait depuis un an une émission sur la chaîne de télévision privée ATR, porte-voix de la communauté des Tatars de Crimée, fermée l'an dernier par les autorités dans cette péninsule annexée par Moscou en 2014.

" Je souhaite à tous les défenseurs de la haute morale de se retrouver dans une telle situation: qu'ils montrent alors leur respect des principes de la morale et meurent la tête haute sans avoir trompé les médias", a-t-il lancé sur sa page Facebook.

L'annonce de la mort du journaliste russe avait déclenché une violente guerre des mots entre Kiev et Moscou.

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